La voiture Électrique

Edito (garantie « Zéro Emission »)

La lutte contre le dérèglement climatique passe par un changement de comportement à l'égard de l'automobile. Croire ou faire croire qu'une simple amélioration technologique, fusse-t-elle électrique, règlera le problème est un déni qui nous mènera dans le mur climatique.

Avec le culot d'un publicitaire cynique, Renault lance une gamme de véhicules dite ZE... pour Zéro Emission. Alimentés en électricité, ces véhicules ne rejetteraient pas de CO2. C'est aller un peu vite en besogne et cela relève plus d'une belle campagne de blanchiment écologique que d'une véritable révolution énergétique.

Le « Zéro émission » n'existe pas car pour déplacer un véhicule, il faut de l'énergie finale qui a été produite à partir d'une énergie primaire. En l'espèce, Renault externalise la pollution en tentant de faire croire que les centrales produisant l'électricité ne rejetteraient pas de gaz à effet de serre. C'est tout bonnement faux ! Si, comme l'espère Renault, un ou deux millions d'automobilistes achètent ce type de véhicules électriques, le chargement des batteries se fera en fin de journée et augmentera significativement la pointe de consommation au bilan carbone désastreux. Pour le Réseau de Transport de l'Electricité, chaque kWh supplémentaire consommé aux heures de pointe a un bilan carbone proche de 600 à 700 grammes de CO2 par kWh ! Le « Zéro Emission » est donc bel et bien une publicité mensongère visant à promouvoir des constructeurs automobiles en mal de virginité écologique.

D'autant que dans une étude datant de juillet 2009 intitulée "Les transports électriques en France », l'Ademe considère que "concernant les émissions de CO2, à la différence des modes ferrés, les véhicules particuliers électriques ne présentent pas un bilan global, « du puits à la roue», systématiquement à leur avantage par rapport aux autres modes de transport, notamment par rapport au véhicule thermique."

De plus, le mix énergétique permettant de produire de l'électricité repose pour une grande partie sur du nucléaire. Non seulement, la gamme Renault ZE ne sera pas sans émission... mais elle risque surtout d'être avec déchets nucléaires ! Zéro plus zéro...

Pire, la faible autonomie de cette gamme de véhicules électriques la confine à un usage exclusivement urbain. Cette voiture dite « ZE » sera donc une deuxième, voire une troisième voiture. Il y a donc lieu de s'interroger sur le bilan carbone d'un véhicule électrique qui oblige l'heureux propriétaire à acheter plusieurs voitures en fonction des usages urbains ou extra-urbains. Dans le cadre d'une analyse du cycle de vie, la construction d'un véhicule représente entre 20% et 30% de son bilan carbone. Avant même d'avoir fait son premier kilomètre « Zéro émission », le véhicule électrique de Renault aura donc quelques tonnes de CO2 sur la conscience. En commercialisant un véhicule à usage limité, Renault augmente sans doute ses chances de vendre deux voitures au lieu d'une seule mais augmente significativement le nombre de voitures construites et donc le bilan carbone total du secteur.

Enfin, est-il judicieux de se lancer dans la fabrication d'un véhicule à usage exclusivement urbain ? N'est-il pas plus intéressant, pour les finances de l'Etat, de soutenir massivement le développement des transports en commun et des modes de déplacement réellement « Zéro Emission », à savoir la marche à pieds et le vélo ?

La voiture électrique ne saurait prétendre être LA solution au dérèglement climatique. Au regard de l'urgence climatique, les scénarios les plus optimistes espèrent que 1 à 2 millions de véhicules électriques seront en circulation en... 2020 ! Un million sur un total de 30 millions de véhicules !! Le gain en matière d'émission de gaz à effet de serre est donc totalement marginal et ne mérite pas l'argent public que l'Etat lui consacre.